Homélies depuis septembre 2025
18 dim A – 2026 – Is 55, 1-2; Ps 144; Ro 8, 35…39; Mat 14, 13-21.
Par Isaïe, le Seigneur nous apprend qu’en lui prêtant oreille nous en accueillons une parole qui rassasie une faim un peu particulière car cette parole établit entre lui et nous une alliance éternelle, une relation plus forte que la mort, le péché et le mal. Relation ou alliance dont, selon St Paul, le pivot est le Christ. Et parce que Jean Baptiste, comme tous les prophètes, a éveillé cette faim de l’alliance ou de l’union avec le Père en ses contemporains, à sa mort ces derniers, en foules, recherchent qui peut y répondre. Pour cela ils se tournent vers Jésus.
Cette faim des foules prend Jésus aux tripes. Et après avoir guéri les infirmes il les nourrit avec cinq pains et deux poissons. D’abord il affirme le lien profond qui l’unit au Père en levant les yeux au ciel. Puis il inscrit ces aliments dans le prolongement de son corps en les bénissant et en les rompant lui-même. Enfin il en confie la distribution à ses disciples.
Par les morceaux de pains et de poissons Jésus associe chaque individu des foules à son propre corps solidement relié à son Père et ce faisant les unis les uns aux autres. Jésus, parole du Père, est un corps auquel tout un chacun est greffé s’il en a faim. La parole ici n’est donc pas un effet sonore, un discours, un message mais un corps ! Et un corps qui s’étend à l’infini puisque les douze paniers de restes contribueront à son expansion par l’adjonction de nouveaux membres eux aussi bien souvent blessés, malades, infirmes ou tourmentés.
N’oublions jamais que notre prochain est affamé de vivre uni à son Père du ciel et aux autres mais qu’il est aussi inquiet d’y perdre sa singularité et qu’il revient aux disciples de mettre à la portée de chacun l’accès à ce corps dont Jésus est la tête comme les disciples qui distribuent les morceaux de pains et poissons ! Vérifions si nous facilitons ou compliquons cet accès.
Olivier Petit.
15 dim ordinaire 2026 – Is 55, 10-11; Ps 64; Ro 8, 18-23; Mat 13, 1-23.
Jésus parle en parabole uniquement à celles et ceux dont le cœur s’est alourdi et qui de ce fait sont durs d’oreille et ont les yeux bouchés. Pour ses disciples, qui ont reçu les mystères du royaume, les propos de Jésus sont beaucoup plus clairs. Là où les premiers n’entendent que l’histoire d’un moissonneur qui gaspille ses grains en les jetant à tort et à travers, les disciples entendent la description du travail de la Parole dans les corps humains. Nous sommes parfois le terrain au bord du chemin, parfois le sol pierreux, parfois le sol encombré par les ronces et parfois la bonne terre.
A ce travail de la parole dans la pâte humaine correspond « les souffrances du temps présent » et « les douleurs de l’enfantement » dont Paul désigne le terme : la libération de la création de l’esclavage et de la dégradation, notre adoption et le salut de nos corps.
Afin d’accéder aux mystères du royaume regardons nos existences et toutes nos relations comme étant travaillées en permanence par la Parole du Seigneur qui lui reviendra après avoir fait ce qui lui plait, après avoir accompli sa mission. Ainsi au plus secret de chaque créature cette parole travaille et l’emporte malgré bien des résistances ! Tôt ou tard les herbages se pareront de troupeaux, les plaines se couvriront de blé. Tout exultera et chantera ! Un grain en donnera 30, 60 ou 100 !
Que l’Esprit Saint éveille nos cœurs, ouvre nos oreilles et nos yeux ! Entendons et reconnaissons les mystères de Dieu ! Reconnaissons comment la Parole de Dieu nous travaille au corps et nous sauve ! Reconnaissons comment nous vient le royaume de Dieu !
Olivier Petit.
Saints Pierre et Paul 29/06/26 – Ac 12,1-11 ; Ps 33 ; 2 Tim 4,6-18 ; Mt 16,13-19.
Simon est le fils de Jonas ce prophète de l’Ancien Testament qui entend parfaitement le Seigneur. Ainsi comme Jonas, Simon entend parfaitement le Père qui est aux cieux mais en plus il le répercute. Voilà pourquoi Jésus l’établit comme fondation de l’Église qu’il bâtit. Mais il ne sera pleinement Pierre qu’après la Pentecôte. Alors il proclamera sans faiblir que Jésus est Christ et Fils du Dieu Vivant. Le résultat de cette transformation apparaît bien dans le récit de son évasion.
Quand l’ange vient dans la prison Pierre n’est que disponibilité au Seigneur y compris en sa chair et son sang. Ni les gardes, ni les chaînes, ni la prison, ni la mort, n’ont prise sur lui. Voilà pourquoi son corps répond à l’ange sans qu’il ait conscience de ce qui se passe. En effet ce n’est qu’une fois dehors qu’il réalise ce qui s’est passé.
De même que Pierre, Jésus a appelé Saul de Tarse. C’était sur la route de Damas. Lui aussi il a été transformé en son corps par trois jours de jeûne et d’aveuglement. C’était à Damas ! Lui aussi a changé de nom. C’était à Chypre où Saul devient Paul ! Il a combattu sans faiblir car toujours soutenu par le Seigneur et toujours convaincu que le Seigneur le sauvera pour le faire entrer en son royaume de même qu’il sauve Pierre de la mort projetée par Hérode-Agrippa !
Pierre et Paul incarnent parfaitement la transformation que vit la femme et l’homme qu’appelle Jésus le Christ, le Fils du Dieu vivant. Ils sont de ce fait des modèles auxquels nous pouvons nous référer pour la reconnaître en nous et chez les autres. Prenons le temps de relire nos parcours de vie à la lumière de ces deux apôtres. De même que Pierre une fois hors de prison, nous prendrons conscience que nous n’avons pas rêvé et qu’il s’est vraiment passé quelque chose d’extraordinaire !
Olivier Petit.
12 dim. Ord A – 2026 – Jr 20,10-13 ; Ps 68/69 ; Rm 5,12-15 ; Mt 10,26-33.
L’injonction de Jésus, Ne craignez pas les humains, laisse entendre qu’il y a des raisons de les craindre. Pourquoi donc ?
En chacun de nos corps, il y a une part voilée ou cachée, une âme, qui nous donne d’être à nul autre pareil, d’être singulier et unique. Et c’est par elle que nous entendons dans les ténèbres ou le creux de l’oreille les paroles que nous proclamons en pleine lumière par des mots, par des attitudes et des actes.
Ainsi c’est par elle que le Christ nous rejoint au plus profond de nos corps quand nous l’accueillons par la prière, la méditation, la lecture des écritures et la liturgie. Ainsi c’est par l’âme que nous accédons à la dignité filiale, que nous participons à la résurrection et goûtons à la vie éternelle.
Redoutons ce qui peut la perdre et faire de nos corps des déchets destinés à la géhenne, à la décharge[1]. Redoutons ce péché introduit par Adam qui détruit ces singularités qui nous rendent uniques et prenons appui sur la réponse de Dieu au péché : la mort et la Résurrection de Jésus Christ.
En Jésus Christ mourant et ressuscité je reconnais ce que je menace chez moi et chez les autres et que je dois honorer avant tout, plus que tout. Voilà pourquoi Jésus est Christ, voilà pourquoi il est la revanche réclamée par Jérémie, voilà pourquoi il est la délivrance du pauvre qui attend en chacune et chacun d’entre nous, voilà pourquoi il est le salut de l’âme menacée de mort par le péché et le salut du corps qui sans elle devient quantité négligeable.
Dès lors entendons que se déclarer pour Jésus Christ, c’est protéger, servir, honorer la singularité du prochain et que renier Jésus Christ c’est agresser cette singularité pour la détruire comme Jérémie l’est par ses calomniateurs.
Vérifions donc si nous préservons nos singularités et si nous respectons celles des autres ? Olivier Petit.
[1] La Géhenne est la décharge ou déchetterie de Jérusalem.
Trinité A 2026 – Exode 34,4…9 – Dan 3 – 2 Co 13,11-13 ; Jn 3,16-18.
La première lecture se situe après l’épisode du Veau d’Or. Rappelez-vous : Pendant que Moïse rencontre le Seigneur sur la montagne, les hébreux dans la plaine demandent à Aaron de leur fabriquer des dieux pour en combler l’absence. Alors Aaron leur fabrique un veau d’or qu’il leur présente en l’appelant « Yahvé ». Voyant cela ce dernier alerte Moïse qui d’abord en calme la colère puis descend vers les Fils d’Israël. Après avoir brisé les tables de la loi écrites de la main de Dieu il rétablit l’ordre manu militari. Puis Moïse remonte vers le Seigneur avec de nouvelles tables sur lesquelles il écrira sous la dictée du Seigneur les termes de l’alliance que ce dernier établit entre lui et les Fils d’Israël. Il s’agit des conditions à respecter qui rendent possible la présence du Seigneur au milieu de son peuple. Notre texte se situe au début de cette seconde rencontre. Et une fois ces conditions communiquées aux Fils d’Israël ceux-ci fabrique la tente de la rencontre où le Seigneur élit domicile. Ainsi le Seigneur s’installe au milieu de son peuple.
L’Évangile que nous venons d’écouter est un extrait des propos que Jésus adresse Nicodème au chapitre 3 de l’Évangile selon St Jean. Il envisage bien autrement notre relation avec Dieu son Père. En effet, il vient nous offrir de partager avec lui la relation qui l’unit à Dieu son Père ce qui nous fait accéder à la vie éternelle. Pour cela il affronte victorieusement le péché et la mort puis rejoint son Père afin de nous laisser sa place de sorte que nous lui succédions en prenant le chemin qu’il nous ouvre. Ainsi croire en lui au point d’aimer comme il le commande nous ouvre à l’Esprit Saint qui est la respiration qui l’unit à son Père et nous associe à sa résurrection. Voilà comment nous accédons à la vie éternelle. Ainsi par Moïse Dieu prenait place en Israël alors que par Jésus nous prenons place en Dieu : Père, Fils et Esprit !
Opaline, Méryl, Jean Laurent, Luc, en demandant le baptême, vous entrez dans la relation qui unit Jésus à son Père par l’Esprit. Quant à vous Edna, Marie, Jérémy par votre première communion vous prenez place dans le corps du Christ et dimanche prochain vous en accueillerez la respiration en accueillant l’Esprit Saint lors de votre confirmation.
Opaline, Méryl, Jean Laurent, Luc, Edna, Marie, Jérémy ainsi que vous Monique, Alexandre, Victoria et Sophren, les premiers communiants de dimanche dernier, vous nous appelez à tenir fermement notre place dans la Trinité trois fois Sainte où que nous soyons, en tous nos actes et toutes nos paroles ! Grand merci de nous relancer ainsi !
Olivier Petit.
Jour de Pentecôte 2026 – Ac 2,1-11 ; Ps 103 ; 1 Co 12,3-13 ; Jn 20,19-31.
Le soir de sa résurrection Jésus rejoint ses disciples enfermés : il leur donne sa paix, il les envoie de même que son Père l’a envoyé, et il leur donner l’Esprit Saint grâce auquel ils remettront ou maintiendront les péchés. Jésus passe ainsi le témoin à ses disciples qui le reprendront parfaitement grâce à l’Esprit Saint. Les disciples réaliseront bien la prophétie de Jésus avant sa passion : « celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes» (Jn 14,12).
Le récit de la Pentecôte complète cet extrait de l’Evangile selon St Jean. L’Esprit Saint se manifeste par des langues de feu se posant sur chacun des apôtres et par leur capacité à dire les merveilles de Dieu dans la langue propre à chacun des pèlerins. Ainsi l’Esprit Saint agit par une parole chaleureuse qui découvre à chacun dans sa langue singulière les effets de la résurrection de Jésus. Car l’œuvre que le Père ne cesse d’accomplir est la saisie de toute chose dans la dynamique de la résurrection.
Enfin St Paul dans la première épître aux Corinthiens ajoute que l’Esprit Saint unifie les disciples en un seul corps, le corps du Christ, de même que la respiration unifie les membres d’un corps. Nos différences, parfois source de tensions entre nous, tiennent ensemble par l’Esprit Saint qui nous anime. Ainsi, aussi différents soyons-nous, aussi variées soient nos fonctions dans l’Église et la société, grâce à l’Esprit Saint, nous rendons témoignage à l’œuvre du Père dans la langue de naissance de nos prochains. L’Esprit Saint favorise donc un témoignage intelligent, intelligible, ajusté sur nos interlocuteurs, tout à fait à l’encontre de cette manière de le mettre en scène irrationnelle, excitée et bête que trop souvent l’on nous inflige comme la garantie de sa présence alors qu’elle est la preuve évidente de son absence.
Afin d’être vraiment intelligent et intelligible demandons la grâce de l’Esprit Saint sans jamais nous lasser !
Olivier Petit.
Ascension 2026 – Actes 1,1-11 ; Ps 46 ; Ep 1,17-23 ; Mat 28,16-20.
Avant de quitter ses disciples pour rejoindre son Père, Jésus leur confie de continuer son œuvre. A leur tour de susciter des disciples en toutes les nations ! Et s’ils le font, il sera avec eux jusqu’à la fin du monde. Ainsi les disciples qui ne suscitent pas de nouveaux disciples au-delà de leur zone de confort social et culturel ne seront plus en lien avec le Ressuscité ! Mais encore faut-il que les disciples en attendent le retour. En effet, on attend le retour d’un vivant, non pas d’un mort ! Ainsi l’annonce de l’Évangile est portée par cette attente qui témoigne de la foi des disciples en la résurrection de Jésus !
Et compte tenu des propos de Paul dans la seconde lecture, les disciples agissent selon l’appel de Jésus et font corps avec lui parce que le Père déploie en eux l’Esprit Saint, l’énergie, la force, la vigueur, qu’il a déployé en Jésus Christ. Les disciples, et nous-mêmes ici présents, sont unis au Christ Jésus, font corps avec Christ Jésus, parce qu’agit en eux, en nous, l’Esprit de même qu’il a agi en lui, Christ Jésus.
D’ailleurs dans la première lecture, Jésus ne répond-il pas à ses disciples qui lui demande quand il rétablira le royaume d’Israël et qui ne l’entendent pas, qu’ils seront ses témoins jusqu’au extrémité de la terre, par la puissance de l’Esprit Saint ! Il leur dit ainsi que l’Esprit Saint va les sortir de leur nation !
Et la royauté du grand roi s’étend sur toute la terre parce que les créatures en rencontrant les disciples rencontrent le corps du Christ ressuscité, le corps de l’unique vainqueur de la mort, du mal et du péché, l’unique vainqueur de ces trois limites dont aucune nation ne peut venir à bout même si elles s’y essaient de multiples manières car la grande affaire de toutes les cultures humaines est de les apprivoiser et de les sublimer faute de les vaincre.
Afin d’honorer l’envoi en mission des disciples par Jésus à la fin de l’Évangile selon Saint Matthieu, afin de prendre le relais de Jésus et de lui donner corps dans l’attente de son retour : demandons la grâce de l’Esprit Saint !
Olivier Petit.